Tous photographes!

Les facteurs convergents que sont Internet, l’appareil photo numérique ou le partage spontané et anonyme de données numérique, a entraîné une importante mutation de la photographie. Tel est le propos de l’exposition Tous photographes! qui se déroule du 8 février au 20 mai 2007 à Lausanne au musée de l’Elysée.

La première salle introduit le thème avec une chronologie technologique (de Nicéphore Niepce à Youtube) et un diagramme mettant en rapport la croissance du nombre de connectés avec l’augmentation des ventes d’appareils photos. La salle suivante en revanche rappelle tout de suite aux visiteurs que la photo demeure bien un outil de communication. En effet, on y retrouve réunit les “sponsors”de l’événement : le studio Keystone propose des clichés de photographes professionnels sur les amateurs. Des exemplaires de JPG, le magasine dédié à la photographie amateur, sont à disposition. Enfin, une magnifique imprimante Hp trône au milieu de la salle…

 

keystone
Keystone

 

Tous journalistes !

Heureusement, les salles suivantes présentent des contenus bien plus intéressants en revenant rapidement sur le fil conducteur de l’exposition. Cette multiplication d’appareils photographiques dans notre quotidien et cette facilité de diffusion par Internet ont profondément changé notre rapport à l’image. Aujourd’hui, photographier et partager et pour de plus en plus de personnes un geste du quotidien. De plus, en se démocratisant, l’objet est devenu facile d’accès aux amateurs qui du coup se professionnalisent. Ainsi, la photographie quotidienne sort de plus en plus des albums de famille pour se retrouver reproduits et imprimer à des milliers d’exemplaires.

Pourtant la photo amateur dans les médias de masse n’est pas un phénomène si récent. Des 1951 le cliché d’un accident de train d’un passant fait la une des journaux japonais.

Plus près de nous, les attentats du 11 septembre 2001 ont été surtout illustrés par des images d’amateurs, marquant ainsi l’ubiquité de l’appareil photographique. La violence de l’événement à donné lieu à un mouvement populaire centré sur la photographie : des amateurs collectaient des clichés de la catastrophe dans une boutique de Soho afin de les revendre pour une œuvre caritative. Devant l’afflux de photos (près de 5000), le projet fut décliné en site web, puis une exposition, Here is New York, qui fit le tour du monde jusqu’en 2003.

Here is New York!
Here is New York!

En 2004, le phénomène inverse se produit : des photographies amateurs vouées à ne pas être diffusé ébranlent la classe politique mondiale. Les images de tortures infligées par les militaires à Abu Ghraïb choquent le monde entier. Ces images restent d’autant plus poignantes que l’aspect amateur en renforce l’authenticité.

En parallèle l’exposition présentait la nouvelle tendance qui est de vendre ces photos à la presse. Scoopt est une plateforme qui propose aux internautes lambda de leur céder leurs tirages contre une éventuelle rémunération si l’image est publiée.

 

Tous artistes !

Ce nouveau rapport à l’image a bien évidemment influencé les courants artistiques. Sascha Pohflepp s’interroge sur ce qu’est concrètement la photographie au delà de l’aspect visuel. Partant du constat que l’acte de prendre une photo signifie avant tout un attachement émotionnel à un moment précis, l’artiste allemande propose un appareil photo aveugle nommé Buttons (vidéo). En appuyant sur le bouton, l’appareil prend en mémoire l’instant avant de diffuser sur l’écran, au bout des quelques minutes ou de quelques heures, une photo prise au même moment par un inconnu, issue de Flickr.

Buttons
Buttons

Un triptyque semblant intéressant à première vue, est orienté sur le voyeurisme. A travers un trou, on peut visionner quelques documents amateurs relativement célèbres. La fellation de Paris Hilton mais aussi la pendaison de Saddam Hussein sont d’avantage montrées pour introduire Digital Diaries, le travail de Natasha Merritt. En se prenant en photo durant ses ébats sexuels avec son petits amis, l’artiste essaye en vain d’investir le milieu pornographique. Le but étant de s’interroger sur le propos des photos est bien raté à mon goût. L’artiste souhaitait troubler le visiteur sur la nature des ses images : photos amateurs pour couples échangistes ? Acteurs porno en manque de sensations ?… Malheureusement les photos sont bien trop esthétiques et trop sages pour rappeler le milieu amateur ou pornographique. Les images restent plus dans l’évocation érotique que dans la pornographie (à part quelques-unes… mais elles ne sont pas montrées sur le site web).

Digital Diaries
Digital Diaries

Random Access Memory d’Adrian Cater et Peter Chylewski est une œuvre détournant le moteur de recherche Google Image en proposant un large échantillon d’images issu d’une recherche commune, basée sur un numéro de série (comme «IMG_123.jpg »). Les photos une fois sélectionnées par Google sont imprimées et affichées proprement sur un mur. Selon les artistes, ce procédé permet à chacun d’interpréter et de créer sa propre narration sur ce flot d’images n’ayant visuellement rien en commun. Ce que je retiens surtout du processus c’est son caractère insidieusement politiquement correct puisque aucune image choquante n’est présentée alors que le Net regorge de contenus pornographiques.

RAM
Random Access Memory

Parfois l’inverse se produit et le photographe professionnel peut retomber volontairement dans une certaine forme d’amateurisme. Noah Kalina, photographe professionnel à New-York, a posté sur Youtube en 2006, Everyday. Pendant 6 ans, l’auteur a pris son visage en photo avec la même expression de visage et la même prise de vue, un travail qu’il continue aujourd’hui d’ailleurs (voir ici).

 

Tout le monde participe !

Comme un effet de mise en abyme, l’exposition aurait eu moins d’impact si elle n’avait pas été participative. Via cette page web, vous pouvez uplaoder une de vos photo qui se verra soit imprimer soit vidéoprojetée sur les murs de la galerie durant une journée… En retour, le musée vous envoie dans les jours suivants une preuve de votre contribution… histoire de dire “j’y ai participé ! “

Tous photographes!

J'y ai participé!
J’y ai participé!

Classé dans expo.

Suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0.

Laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.

Laisser un commentaire