Pourquoi taguons-nous?

Pourquoi taguons nous?Telle est la question que se sont posés Morgan Ames, chercheuse à Stanford, et Mor Naaman, chercheur au Yahoo! Research Berkeley. En effet, ces dernières années auront vu l’explosion de la prise de photos numériques grâce à la prolifération des appareils mais aussi la baisse des prix de unités de stockage. En même temps, l’explosion de débits Internet a nettement favorisé les activités de partage de données, matérialisé par l’activité d’étiqueter ou “taguer”. Aujourd’hui, on a la possibilité de taguer un large éventail de données via Internet : les articles des blogs, les vidéos sur les sites de diffusions comme youtube, les liens par del.icio.us et bien sur les photos par des plateformes comme flickr.

C’est justement ce dernier qui est au centre de ces recherches. En plus d’appartenir à Yahoo, flickr est le portail le plus actif dans le partage de photos amateurs puisqu’il fut le premier à émerger en proposant la fonctionnalité d’étiqueter ces images mais aussi en faisant que toutes les photos soient publics. Aussi, afin de comprendre les motivations qui incitent les utilisateurs à étiqueter leurs photographies, les deux chercheurs ont proposé à certains clients de flickr de tester le logiciel de prise de photos sur mobile ZoneTag, qui permet d’envoyer directement les clichés sur leur compte flickr. La particularité de ZoneTag est la saisie simplifiée des tags : avant chaque envoie, il propose à l’utilisateur d’attribuer des tags mais aussi de reprendre les tags précédemment utilisés. Il peut aussi offrir une sélection de tags en fonctions des habitudes ou des tags laissés au même endroit par d’autres utilisateurs. Selon les deux scientifiques, l’utilisation de cette objet hybride (un appareil photo mais connecté au net) suggère en fin de compte un comportement lui aussi hybride : entre le fait de prendre des photos pour soi et les archiver, et la volonté de partager ses données personnelles.

Après analyse des habitudes des utilisateurs suivie d’une interview, il ressort deux grandes catégories de motivations qui vont de pair. Il y a d’abord les motivations sociales où les utilisateurs prennent le temps d’étiqueter leurs clichés pour eux-mêmes et/ou pour les autres personnes : des contacts de flickr, des membres de la famille ou des inconnus. Mais on trouve également des motivations fonctionnelles où les utilisateurs prennent le temps d’étiqueter leurs clichés dans un but d’organisation et/ou de communication. Ces multiples facteurs, une fois combinées, permettent de comprendre plus finement les motivations réelles. Taguer pour soi sous-entend alors deux cas de motivation : organiser sa collection afin de retrouver facilement une photo particulière, ou bien, aider à la réminiscence du contexte de la photo. Taguer pour les autres dans un souci d’organisation sous-entend que le photographe souhaite que ces images soient facilement accessibles par des utilisateurs tiers. Mais taguer pour les autres afin de communiquer induit que l’utilisateur désir être reconnu dans la communauté flickr, tout en apportant des précisions sur le contenu de l’image. D’après les scientifiques, les motivations les plus fréquentes demeurent la volonté d’organisation pour soi ou pour les autres.

Les volontaires de cette études s’accordent pour dire que la suggestion des tags est bénéfique dans l’utilisation du logiciel mais la question est de savoir quelles implications à longs termes pourraient avoir cette intelligence collective dans l’acte de taguer ? Va-t-elle réellement inciter à la création de nouveaux tags pour un lieu donné ou justement enfermer l’utilisateur dans une manière unique de taguer tel ou tel endroit ?

Il est intéressant de voir que les résultats de ses recherches vont également à l’encontre d’une vieille pratique du “taging”. Le fait d’étiqueter des images virtuelles se fait d’avantage pour sa propre utilisation ou celle des gens de sa communauté. En revanche, coller des stickers dans la rue permet une communication ciblée en fonction de l’endroit où ils sont collés (stickers des prostituées par exemple). Les graphistes urbains laissent une trace de leur passage et certains atteignent une notoriété quand leurs traces peuvent devenir pérennes, comme Space Invaders qui reproduit en mosaïque les aliens du célèbre jeu-vidéo. Enfin, plus récemment, le projet new-yorkais yellow arrow marque définitivement le passage de l’un (virtuel et accessible partout) à l’autre (tangible et actuel). En collant un sticker jaune en forme de flèche à un endroit précis, l’utilisateur y attribut un commentaire unique et accessible uniquement en ligne par les passants.

yellow arrow

Article “Why we tag?” (pdf)

Via internetactu.net

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