Tintin au service design chez Microsoft
Le 15 mai dernier Microsoft annonçait les résultats du Next-Gen PC Design Competition, qui proposait autant à des designers qu’à des amateurs, d’imaginer l’ordinateur de demain. Vu que c’est un sujet que j’ai déjà traité, certes avant les résultats officiels, je ne vais donc pas vous en resservir une couche en décrivant les propositions qui me semblent intéressantes. Je vais plutôt vous reparler de Made-in-China, car à ma grande surprise, ce projet a reçu le prix du chairman award, donc directement choisi par Bill Gates !
J’imagine que ce genre de récompense apporte véritablement un plus dans la carrière du jeune designer John Leung. Celui-ci part du constat pertinent que la plupart des ordinateurs du marché sont fabriqué par des Chinois mais ne sont pas conçu pour eux… Donc selon le jeune créatif, l’ordinateur et son interface ne sont pas des concepts universels et les Chinois ont besoin d’un ordinateur spécialement étudié pour eux. Ce qui est vrai dans l’absolu puisque les produits sont conçus en fonction du marché et sont adaptés en fonction des goûts des populations de chaque pays.
Revenons à Made-in-China. L’objet parait tout d’abord séduisant : bien dessiné, belle 3D et de belles planches de communication, claires et lisibles. De plus, le designer se positionne sur un marché qui a évidement de l’avenir : la classe émergente chinoise. Mais en se penchant de plus près, et surtout en prenant bien le temps de comprendre le fonctionnement de l’objet, on s’aperçoit le ridicule et la naïveté du concept.
Au niveau du hardware, ce qui semble novateur, est au contraire un concept largement déjà utilisé… dans le passé. Comme notre bon Minitel français, Made-in-China n’est pas un ordinateur mais un terminal avec tout ce que cela apporte : un minimum de liberté d’action pour l’utilisateur et un maximum de champ d’action et de répression pour le fournisseur d’accès.
C’est pire du point de vue de l’interface où notre étudiant en design propose la métaphore des baguettes en lieu et place de la souris. Que doit-on comprendre ? Les Chinois ne sont donc pas assez intelligents pour utiliser une souris, qui, selon Doug Engelbart son inventeur, ett après de multiples tests, l’outil le plus adapté pour utiliser une interface graphique. Une telle naïveté fait sourire et dans ce cas je propose un lecteur mp3 pour le marché français en forme de baguette, ou un ordinateur de bureau pour le marché américain reprenant les formes d’un hamburger (le steak est le processeur, le fromage la mémoire vive…).
Je suis mauvaise langue me diriez-vous, peut-être que les baguettes ont été simplement choisies pour signifier le caractère passif et consumériste voulu par le gouvernement chinois ? En effet, les baguettes sont un outil d’ordinaire utilisé pour consommer de la nourriture. Tout l’inverse de ce que propose la souris et ses manipulations qui développent la créativité de chacun. Pourquoi dans ce cas le créateur de ce PC de demain n’est pas parti sur la métaphore de la calligraphie, beaucoup plus pertinente comparée aux utilisations de l’informatique ?
De plus, ce parti prix ne semble pas considérer que de nombreux chinois se sont déjà bien adapté à l’outil informatique… Il suffit de traîner dans un cyber-café à Shanghai pour s’en rendre compte.
Finalement ce projet est plus dangereux qu’autre chose : l’informatique et Internet restent un territoire d’expression et de contestation pour les Internautes Chinois, notement par les blogs et le forums. Après Google assumant la censure sur son moteur de recherche, ce genre d’ordinateur est véritablement la “killer app” pour un état dictatorial : un maximum de contrôle avec un maximum de liberté apparente pour ces utilisateurs…

On peut être sur d’une chose : vue que Bill Gates qualifie ce projet comme “un des plus intéressant” et lui donne le premier prix, on ne peut que s’interroger encore plus sur les futurs produits du géant de Redmond…

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