Petite mythologie du design : l’Actimel

actimel0Depuis quelques années, les allées de nos magasins ont vu l’arrivée d’un nouveau type de produits : les alicaments. Ceux-ci ne sortent pas des laboratoires pharmaceutiques mais bien des centres de recherche de l’industrie agro-alimentaire. Concrètement, ils sont à la croisée des chemins entre l’aliment et le médicament. Les remèdes de grand-mère sont là pour nous rappeler que des aliments offrant des vertus thérapeutiques ne sont pas nouveaux en soi. La nourriture est une des plus ancienne forme de médication et Hippocrate disait dès l’Antiquité : “que ton aliment soit ta seule médecine ! “. Mais entre progrès agro-alimentaires et arguments purement marketings, les alicaments font parler d’eux. De toute cette nouvelle pharmacopée, L’Actimel se distingue visiblement des autres en passant insidieusement à une étape supérieure.actimel1

L’Actimel se présente naturellement comme un aliment et revêt pour cela une identité adéquate. Bien entendu, il ne se trouve pas au rayon parapharmacie des grandes surfaces mais bien au frais parmi les yaourts. Contrairement aux médicaments où les comprimés sont à l’abri du regard du malade, les 6 ou 10 bouteilles d’Actimel sont parfaitement  visibles grâce à un emballage ouvert : le client est rassuré, il voit ce qu’il achète. Mais surtout, le plaisir de le consommer est parfaitement explicite car l’Actimel s’approprie l’univers gustatif du yaourt : il est “nature sucré”, à “0%” ou “aromatisé” à la fraise. Le site Web officiel avance même un goût “comparable à la complexité d’un vin” et invite les internautes à identifier “une attaque en bouche sucrée, légèrement caramélisée, un subtil goût de lait et pour finir, une note fraîche et citronnée.” Oui, nous parlons bien d’un produit laitier. Il n’y aurait pu en être autrement pour un alicament comme l’Actimel. Le lait est sain par excellence. Produit naturellement par le corps de la femme, il nourrit depuis toujours le nouveau-né. Comme le yaourt, l’Actimel est inoffensif. Un produit de ce genre n’aurait d’ailleurs aucun impact au rayon conserves entre une boite de cassoulet et un petit salé aux lentilles.
Au delà du banal yaourt liquide, l’Actimel emprunte aussi les codes essentiels qui sont relatifs aux médicaments. D’abord, il a une posologie précise puisque il est recommandé d’en prendre “tous les jours, […] au sein d’un repas afin de l’intégrer dans une consommation quotidienne”. Ensuite, la particularité de l’Actimel vient de son ferment exclusif le L. casei Defensis, qui est l’équivalent du principe actif d’un médicament. Le Lactobacillus casei Defensis est issu du centre de recherche de Danone et est protégé par un brevet. L’Actimel est donc un alicament exclusif en opposition à ce que pourrait être un produit générique équivalent. De plus, le nom inventé du ferment lactique accuse une sonorité latine pour être en lien direct avec le milieu scientifique. Enfin, le produit de Danone ajoute les idées de dosage et de concentration. “Une bouteille d’Actimel contient 10 milliards de L. casei Defensis” et ce, pour un volume de seulement 10 ml. Ainsi, l’Actimel ne se boit pas. Au vu de son dosage et de sa forte concentration, il suggère plutôt de s’ingérer en une voire deux fois. On tient habituellement un yaourt dans la paume de la main alors que le flacon de l’Actimel se tient plus entre le pouce et l’index, comme pour avaler un cachet.
Mon propos n’est évidement pas de diaboliser cette nouvelle famille de produits alimentaires. Il est clair que proposer une margarine pour les personnes souffrant de cholestérol rend service à ces gens-là. Mais de mon point de vu, l’Actimel a un coté malsain. Les autres alicaments sont simplement des aliments existants dont on aurait changé certaines propriétés dans le but de cibler une catégorie de personnes. Or l’Actimel est un aliment supplémentaire : il a été inventé de toute pièce pour prendre une place au sein de nos repas quotidiens. Danone présente son produit comme une aide à nos défenses naturelles. Mais ne réclame t’on pas de l’aide lorsqu’on éprouve de la difficulté? Danone sous-entend il que cette aide est nécessaire?

Finalement, le régime alimentaire proposé par nos grandes surfaces forme une certaine logique. Nous avons d’abord mangé pour nous nourrir. Puis nous avons mangé pour nous divertir. Mais malades que nous sommes devenus de tous nos excès, serait-il temps maintenant de manger pour se soigner?

N.B : toutes les citations sont tirées du site officiel de l’Actimel.

Classé dans design, mythologie, emballage.

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Un commentaire pour “Petite mythologie du design : l’Actimel”

  1. Kooorrg dit :

    A son lancement, la publicité pour Actimel était beaucoup plus agressive, “Actimel renforce vos défenses naturelles” si je me souviens bien. Danone s’était fait condammé sur ce point puisque qu’Actimel n’est pas un médicament et qu’en plus son efficacité n’est pas démontrée.

    Aujourd’hui, “Actimel participe à renforcer vos défenses naturelles” et ça semble passer.

    Donc en conclusion, bravo à Danone pour le positionnement de son produit et sa campagne de comm : ils ont réussi à installer durablement dans les foyers un nouveau produit complétement inutile. Dommage qu’il faille jouer avec la peur de la maladie pour l’imposer.

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